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Réussir une négociation : les 4 étapes de la méthode Harvard pour des accords durables

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6 min

Réussir une négociation : les 4 étapes de la méthode Harvard pour des accords durables

Réussir une négociation ne consiste ni à gagner, ni à partager 50/50. Selon la méthode Harvard développée par Roger Fisher et William Ury dans Getting to Yes, il s'agit de trouver une solution qui satisfait les intérêts des deux parties. Quatre étapes structurent cette approche : séparer les personnes du problème, se concentrer sur les intérêts, utiliser des critères objectifs, et inventer des options créatives.

Réussir une négociation ne consiste ni à gagner, ni à partager 50/50. Selon la méthode Harvard développée par Roger Fisher et William Ury dans Getting to Yes, il s'agit de trouver une solution qui satisfait les intérêts des deux parties. Quatre étapes structurent cette approche : séparer les personnes du problème, se concentrer sur les intérêts, utiliser des critères objectifs, et inventer des options créatives.

Dans la vie professionnelle comme dans la vie personnelle, nous négocions en permanence avec nos clients, nos fournisseurs, notre hiérarchie, nos collaborateurs. Pourtant, la plupart d'entre nous abordent ces situations sans méthode, avec l'intuition pour seul guide. Le résultat est souvent décevant : on cède trop, on s'affronte inutilement, ou on conclut un accord qui ne satisfait personne vraiment.

Roger Fisher et William Ury, fondateurs du Harvard Negotiation Project, ont consacré leurs carrières à étudier ce qui distingue les bons négociateurs des mauvais. Leur livre Getting to Yes, publié en 1981 et traduit en plus de 30 langues, reste à ce jour l'ouvrage de référence mondial sur le sujet. Sa thèse centrale est simple mais radicale : la négociation n'est pas un rapport de forces. C'est un exercice de résolution de problèmes.

Voici les quatre étapes fondamentales de cette méthode, illustrées par des exemples concrets, et les outils pour y faire face quand les choses se compliquent. 

Ce que négocier veut vraiment dire

Commençons par déconstruire une idée reçue. Pour beaucoup, réussir une négociation signifie obtenir le maximum pour soi, au détriment de l'autre. On parle de rapport de forces, de bras de fer, de concessions. Cette vision transforme la négociation en combat, et dans un combat, il y a un gagnant et un perdant.

Fisher et Ury proposent une autre vision : si vous vous demandez qui gagne, vous avez déjà perdu. Parce que vous êtes passé à côté de l'essentiel. Le véritable objectif d'une négociation est de trouver une solution qui satisfasse les intérêts des deux parties, sans nuire à la relation.

L'exemple de l'orange : quand le compromis fait perdre tout le monde

Deux enfants se disputent une orange. Le parent, soucieux d'équité, la coupe en deux et donne une moitié à chacun. Le premier enfant mange le fruit et jette la peau. Le second utilise la peau pour faire un gâteau et jette le fruit.

Si le parent avait pris le temps de demander pourquoi chaque enfant voulait l'orange, les deux auraient pu obtenir 100 % de ce qu'ils souhaitaient. Le compromis automatique, partager 50/50, leur a fait perdre la moitié de leur satisfaction respective. Cet exemple illustre parfaitement pourquoi comprendre les intérêts réels est plus important que de trouver un partage équitable. 

Les 4 étapes pour réussir une négociation selon la méthode Harvard

Étape 1 : Séparer les personnes du problème

Avant d'entamer toute négociation, visualisez une ligne verticale qui sépare deux réalités distinctes : d'un côté, la personne avec son ego, ses émotions, sa perception du monde ; de l'autre, le problème à résoudre. Ces deux réalités ne doivent jamais se confondre.

L'objectif est d'être doux avec la personne et dur avec le problème. En pratique, la plupart des négociateurs font l'inverse : soit ils sont trop indulgents avec le problème par souci de préserver la relation, soit ils sont durs avec le problème et finissent par l'être aussi avec la personne. Les deux erreurs coûtent cher.

Les personnes avec qui nous négocions ont des points de vue différents, des ego facilement menacés, et une tendance naturelle à confondre leur perception avec la réalité. Leurs intentions peuvent être mal interprétées. Nos propres émotions, colère, frustration, impatience, peuvent tout aussi bien bloquer un accord.

L'un des moyens les plus efficaces de prévenir ces blocages est d'établir une relation avec l'autre partie avant même que la négociation commence. Des études montrent que le simple fait d'apprendre à connaître son interlocuteur informellement augmente le taux de réussite d'une négociation de 25 à 30 %. Arrivez en avance, restez après, intéressez-vous à la personne.

Étape 2 : Se concentrer sur les intérêts, pas sur les positions

Revenons à l'exemple de la bibliothèque : un homme veut ouvrir la fenêtre pour prendre l'air, l'autre veut la fermer pour protéger ses papiers. Si chacun défend sa position (ouverte ou fermée), la discussion tourne en rond. Mais si l'on cherche à comprendre les intérêts sous-jacents (air frais ou absence de vent), une solution créative devient possible : ouvrir une fenêtre dans une autre pièce.

Les positions sont claires et spécifiques. Les intérêts sont souvent cachés ou vagues. Pour les découvrir, une seule question suffit : pourquoi ? Pourquoi veulent-ils ce qu'ils demandent ? Qu'est-ce qui est vraiment important pour eux ?

Une fois les intérêts identifiés, parlez-en ouvertement. Les gens écoutent mieux lorsqu'ils se sentent compris. Et n'oubliez pas de partager vos propres intérêts : l'autre partie ne les connaît peut-être pas. Pour transformer vos intérêts en option concrète, posez-vous cette question : si nous sommes d'accord demain, qu'est-ce que je veux qu'il se passe exactement ?

Étape 3 : Utiliser des critères objectifs et des normes équitables

Même lorsque les intérêts sont clairement posés, des conflits peuvent surgir. Vous souhaitez un loyer plus bas, votre propriétaire veut le maintenir à la hausse. Plutôt que de s'affronter sur des positions, la méthode Harvard recommande de s'appuyer sur des critères objectifs, des règles impartiales qui ne dépendent pas des opinions personnelles.

Ces critères peuvent prendre différentes formes : prix du marché, exigences légales, avis d'un expert indépendant, normes professionnelles ou sectorielles. L'avantage est considérable : dès lors que vous dites « voyons ce que disent les règles », ce n'est plus vous qui exigez quoi que ce soit, c'est le cadre objectif qui parle. La résistance de l'autre partie s'en trouve naturellement réduite.

La bonne pratique consiste à définir ces normes ensemble, avant la négociation : « Vous souhaitez un prix élevé, je souhaite un prix bas : quelle norme équitable pourrions-nous utiliser pour trancher ? » Ce faisant, vous transformez un conflit d'intérêts en objectif commun, celui de trouver ce qui est juste.

Étape 4 : Inventer des options pour un bénéfice mutuel

C'est l'étape la plus créative, et souvent la plus négligée. Plutôt que de chercher un compromis entre deux positions, l'objectif est d'inventer des solutions auxquelles aucune des parties n'avait pensé seule, et qui permettent à chacun d'obtenir davantage que ce qu'un simple partage aurait offert.

La technique du brainstorming est ici recommandée. Réunissez les parties, laissez les idées circuler librement, sans jugement et sans décision immédiate. La phase de génération d'idées doit être strictement séparée de la phase de sélection. Une fois le brainstorming terminé, commencez par les idées les plus prometteuses et cherchez à les améliorer.

Un principe contre-intuitif mais puissant : ce sont souvent les différences entre les parties qui ouvrent la voie aux meilleures solutions. Comme dans l'exemple de l'orange : une partie voulait le fruit, l'autre la peau. Ces différences, loin d'être un obstacle, sont la matière première des accords créatifs. 

Quand la négociation se complique : 3 situations difficiles et comment y répondre

La méthode Harvard est solide, mais elle présuppose que l'autre partie joue le jeu. Que faire lorsque ce n'est pas le cas ? Fisher et Ury ont anticipé trois situations difficiles récurrentes.

Face aux tactiques déloyales

Mensonges, pressions, faux ultimatums, jeu du bon et du mauvais policier : ces tactiques existent et il faut savoir les reconnaître. La bonne réponse n'est ni la contre-attaque ni la capitulation : c'est de nommer la tactique clairement et calmement. « Il me semble que vous jouez au bon et au mauvais flic. Si vous avez besoin d'une pause pour vous aligner, je suis disponible. »

Le simple fait de mentionner la tactique la rend moins efficace. L'autre partie sait que vous avez vu le procédé et craint de vous perdre comme interlocuteur. Concentrez-vous toujours sur le problème, jamais sur la personne. Plutôt que « vous m'avez délibérément placé face au soleil », dites « le soleil dans mes yeux me gêne pour me concentrer : pouvons-nous modifier l'horaire ? »

Face à un rapport de forces défavorable : développer son BATNA

BATNA est l'acronyme anglais de Best Alternative To a Negotiated Agreement, soit la meilleure alternative à un accord négocié. C'est le concept clé pour réussir une négociation lorsque l'autre partie dispose d'un rapport de forces supérieur.

Imaginez un entretien d'embauche sans aucune autre offre en cours : vous êtes en position de faiblesse et cela se ressentira dans votre négociation salariale. Imaginez maintenant le même entretien avec deux autres offres : votre posture change radicalement. Cette différence, c'est le BATNA.

Plus vous pouvez vous retirer facilement d'une négociation, plus votre pouvoir est grand. Développez toujours votre BATNA avant de négocier : identifiez vos alternatives, renforcez-les si possible, et fixez un seuil minimum en dessous duquel aucun accord ne vaut la peine d'être conclu. Négocier sans BATNA, c'est négocier à l'aveugle.

Face aux attaques personnelles : le jiu-jitsu de la négociation

Lorsque l'autre partie s'attaque à vous plutôt qu'au problème, l'instinct est de se défendre. Mais la défense génère la contre-attaque, et on se retrouve rapidement bloqué dans un affrontement stérile.

Fisher et Ury proposent le jiu-jitsu de la négociation : contourner l'attaque plutôt que la subir. Trois techniques pratiques pour y parvenir :

•        Regarder derrière la position : lorsque l'autre partie affirme ce qu'elle veut, ne dites pas oui ou non : demandez pourquoi. Cherchez ce qui est vraiment important pour elle.

•        Demander conseil : si l'autre partie rejette systématiquement vos propositions, retournez la situation : « Si vous étiez à ma place, que feriez-vous ? » Elle se mettra à votre place et générera elle-même des solutions.

•        Inviter à la critique : plutôt que de défendre vos idées, demandez ce qui ne va pas avec elles. Cela révèle les intérêts cachés de l'autre partie et désamorce la posture défensive. 

Négociation et relation professionnelle : ce que la méthode Harvard change concrètement

Ce qui rend la méthode Harvard si puissante, c'est qu'elle réconcilie deux objectifs souvent perçus comme contradictoires : obtenir ce qu'on veut, et préserver, voire renforcer, la relation avec l'autre partie.

Dans un contexte professionnel, cette double exigence est permanente. On ne négocie pas une seule fois avec un client, un fournisseur ou un collègue. On négocie dans le temps, dans une relation durable. Un accord arraché au détriment de l'autre partie aujourd'hui peut compromettre dix négociations futures.

Selon une étude de la Harvard Law School Program on Negotiation (2022), les négociateurs formés à l'approche raisonnée obtiennent en moyenne des accords 18 % plus avantageux pour les deux parties que ceux qui négocient par intuition. La méthode ne profite pas qu'à vous : elle crée de la valeur pour l'ensemble de la relation.

La métaphore du Frisbee que Fisher et Ury utilisent en conclusion de leur ouvrage est éclairante : en 1964, un père et son fils jouent au Frisbee à Hyde Park à Londres. Une foule se rassemble, le jeu est inconnu en Angleterre. Un homme s'approche et demande : « Qui gagne ? » Dans les négociations, demander qui gagne revient à demander qui gagne dans un mariage. Si vous vous concentrez sur la victoire, vous êtes passé à côté de l'essentiel.

C'est ce changement de perspective, de la victoire vers la coopération, que nous développons dans nos formations à la négociation professionnelle. Parce que les meilleures négociations ne sont pas celles que l'on gagne : ce sont celles où les deux parties sortent avec le sentiment d'avoir été entendues et respectées. 

FAQ : Questions fréquentes sur la négociation professionnelle

Quelle est la différence entre négocier sur les positions et négocier sur les intérêts ?

Une position est ce qu'on demande (« je veux que la fenêtre soit fermée »). Un intérêt est la raison pour laquelle on le demande (« je ne veux pas que le vent emporte mes papiers »). Négocier sur les positions mène au blocage ou au compromis insatisfaisant. Négocier sur les intérêts ouvre la voie à des solutions créatives qui peuvent satisfaire les deux parties entièrement.

Qu'est-ce que le BATNA et pourquoi est-il essentiel ?

Le BATNA (Best Alternative To a Negotiated Agreement) est votre meilleure option si la négociation échoue. Plus votre BATNA est fort, plus vous êtes en position de force, car vous pouvez vous retirer de la négociation sans perdre grand-chose. Développer son BATNA avant de négocier est indispensable : cela fixe votre seuil minimum acceptable et renforce votre confiance en position.

La méthode Harvard fonctionne-t-elle dans toutes les cultures ?

Les principes fondamentaux de la méthode, comprendre les intérêts, utiliser des critères objectifs, préserver la relation, sont universels. Toutefois, leur application pratique peut varier selon les cultures. Dans certains contextes, établir une relation informelle avant la négociation est encore plus critique qu'ailleurs. L'adaptation culturelle est une compétence à part entière pour les négociateurs internationaux.

Comment préparer efficacement une négociation importante ?

Quatre actions clés avant toute négociation : identifier vos intérêts réels (pas seulement vos positions), anticiper les intérêts de l'autre partie, développer votre BATNA, et réfléchir aux critères objectifs que vous pourriez proposer. Plus vous entrez dans la négociation avec une vision claire de ce qui est important pour vous, et de ce qui peut l'être pour l'autre, plus vous serez en mesure de créer de la valeur plutôt que de vous battre pour la distribuer.

Peut-on apprendre à mieux négocier en formation ?

Oui : et c'est même l'une des compétences professionnelles dont le retour sur investissement est le plus direct. Une formation à la négociation efficace combine apports théoriques (méthode, concepts-clés), mises en situation pratiques sur des cas réels, et débriefing structuré. Les principes de la négociation raisonnée s'ancrent ainsi dans les réalités terrain de vos équipes. 

Conclusion : réussir une négociation, c'est créer de la valeur ensemble

Séparer les personnes du problème, se concentrer sur les intérêts plutôt que sur les positions, s'appuyer sur des critères objectifs, et inventer des options pour un bénéfice mutuel : ces quatre étapes de la méthode Harvard transforment la négociation d'un rapport de forces en exercice de résolution de problèmes.

Ce changement de paradigme n'est pas seulement plus efficace : il est plus durable. Les accords fondés sur la compréhension mutuelle des intérêts résistent mieux au temps que ceux arrachés par la pression. Et les relations professionnelles qui en découlent sont plus solides, plus confiantes, plus productives.

Getting to Yes reste, plus de quarante ans après sa publication, le livre de référence sur la négociation. Ses enseignements sont aussi pertinents aujourd'hui qu'en 1981 : dans un monde professionnel où la capacité à trouver des accords intelligents est devenue une compétence différenciante, la méthode Harvard n'a pas pris une ride. 

SOURCES

1. Roger Fisher & William Ury : Getting to Yes: Negotiating Agreement Without Giving In (1981, réédité 2011). Harvard Negotiation Project, Penguin Books.

2. Harvard Law School, Program on Negotiation : The Advantages of Principled Negotiation, 2022

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