Cas client
Management des équipes
6 min
Rédigé le
Motivation et management : ce que nous observons sur le terrain

Il serait facile de dresser un tableau alarmiste du monde du travail en 2026. Les chiffres sur le stress, le désengagement et l'absentéisme pourraient nourrir un discours catastrophiste que beaucoup d'organisations ont entendu et qui ne les aide pas vraiment à avancer. Ce n'est pas notre approche.
Ce que nous observons sur le terrain est plus complexe et, à bien des égards, plus encourageant. Les entreprises que nous accompagnons ne sont pas des organisations en crise. Ce sont des organisations qui font face, comme toutes les autres, à des transformations rapides et à des tensions humaines réelles, et qui cherchent des réponses concrètes. Ce que nous partageons ici, ce sont ces observations et ces réponses, telles que nous les vivons au quotidien dans nos interventions.
Ce que nous observons : cinq signaux récurrents dans les équipes en 2026
Ces cinq observations ne sont pas des généralités. Ce sont des constantes que nos formateurs retrouvent, avec des intensités variables, dans la très grande majorité des organisations qu'ils accompagnent. Les nommer avec précision est la première condition pour y répondre efficacement.
1. Un manque de sens qui s'installe progressivement
Ce n'est pas le grand désengagement dont parlent les médias, cette démission symbolique et spectaculaire. C'est quelque chose de plus silencieux et de plus insidieux : un effilochement progressif du lien entre ce que le collaborateur fait au quotidien et ce pour quoi il se lève le matin. Il continue de faire son travail correctement. Mais quelque chose s'est éteint dans la façon dont il le fait.
Lors des tours de table en début de formation, nous entendons régulièrement des formulations révélatrices : je fais mon travail mais je ne sais plus vraiment pourquoi, ou j'ai l'impression de remplir des cases sans savoir à quoi ça sert vraiment. Ces phrases ne viennent pas de collaborateurs paresseux ou désengagés. Elles viennent souvent de professionnels très compétents et historiquement très investis, qui ont perdu le fil du sens.
Ce phénomène s'est accentué depuis 2020. Les transformations successives, la digitalisation accélérée, les réorganisations fréquentes et la multiplication des outils ont parfois fait disparaître les espaces de respiration dans lesquels le sens se construisait naturellement : les conversations informelles, les moments de débrief collectif, les rituels d'équipe qui créaient une cohérence entre les individus et leur mission.
2. Un niveau de stress structurel, pas conjoncturel
Le stress que nous observons dans les équipes n'est plus le stress d'une période de pointe ou d'un projet exceptionnel. C'est un stress de fond, chronique, qui s'est installé comme une condition normale de travail. Les collaborateurs s'y sont adaptés, ce qui le rend moins visible mais pas moins réel dans ses effets sur la concentration, la créativité et la qualité relationnelle.
Selon une étude OpinionWay pour Empreinte Humaine (2023), 44 % des salariés français se déclarent en détresse psychologique. Ce chiffre ne concerne pas uniquement les secteurs traditionnellement exposés. Nous le retrouvons dans des organisations qui ont investi dans la qualité de vie au travail, qui proposent du télétravail, des salles de sport et des espaces de repos. Ces initiatives sont utiles, mais elles ne s'attaquent pas aux causes profondes.
Ce que nous observons comme source principale de ce stress structurel, ce n'est pas la charge de travail en elle-même. C'est la combinaison d'une charge élevée avec un sentiment de perte de contrôle et un manque de clarté sur les priorités. Travailler beaucoup ne génère pas nécessairement du stress. Travailler beaucoup sans savoir ce qui compte vraiment, si, presque toujours.
3. Des injonctions contradictoires qui épuisent les managers
Si les collaborateurs vivent le manque de sens et le stress, les managers, eux, vivent quelque chose de particulier : ils sont pris en étau entre des injonctions qui se contredisent. Soyez proches de vos équipes mais tenez vos objectifs. Faites confiance à vos collaborateurs mais respectez les procédures. Soyez bienveillants mais exigeants. Prenez du temps pour vos équipes mais gérez votre temps.
Ces injonctions ne sont pas absurdes prises individuellement. C'est leur accumulation et leur simultanéité qui crée une tension difficile à tenir. Le manager se retrouve à naviguer en permanence entre des impératifs contradictoires, sans avoir toujours les ressources ni le soutien pour le faire sereinement. Et dans ce contexte, il est souvent le premier à ne pas prendre soin de lui, trop occupé à prendre soin des autres et à tenir les objectifs.
4. Une perte de repères dans des organisations en transformation permanente
Les organisations ont traversé ces dernières années des transformations profondes et rapides : fusion, réorganisation, changement d'outils, évolution des modes de travail, rotation des équipes. Chacune de ces transformations, prise isolément, est gérable. Leur enchaînement sans temps de stabilisation crée une fatigue au changement que nous observons dans beaucoup d'équipes.
Cette fatigue se traduit moins par un refus du changement que par une difficulté à s'y engager avec la même énergie qu'avant. Le collaborateur a appris à s'adapter. Mais il a aussi appris que ce qu'il construit aujourd'hui sera peut-être remis en question demain. Ce calcul implicite conduit à un investissement plus prudent, plus économe, qui ressemble parfois à du désengagement mais qui est en réalité une forme de protection rationnelle.
5. Une motivation fragilisée par le sentiment d'injustice
Nous l'observons dans presque toutes les équipes : la motivation est profondément liée au sentiment de justice. Non pas la justice au sens légal, mais la justice ressentie : l'impression que ce que je donne est reconnu à sa juste valeur, et que cette reconnaissance est équitable par rapport à ce que mes collègues reçoivent. Quand ces deux équations sont déséquilibrées, l'engagement s'érode progressivement, souvent sans que personne ne le verbalise explicitement.
Ce sentiment d'injustice est rarement lié à de mauvaises intentions. Il naît le plus souvent d'un manque de transparence sur les critères de reconnaissance, d'oublis involontaires dans les remerciements, ou d'une différenciation qui paraît arbitraire parce qu'elle n'a pas été expliquée. Ces petites injustices perçues s'accumulent et finissent par peser plus lourd que la satisfaction liée au travail lui-même.
Ce qui fonctionne : cinq solutions que nous mettons en place avec nos clients
Ces observations appellent des réponses concrètes et opérationnelles. Voici ce que nous déployons avec les organisations que nous accompagnons, et ce qui produit les effets les plus durables sur la motivation et le bien-être des équipes.
1. Aider le manager à (re)donner du sens au quotidien
La réponse au manque de sens ne passe pas par de grands discours stratégiques. Elle passe par des gestes managériaux simples et réguliers : expliquer le pourquoi derrière chaque décision, relier les missions du quotidien à un objectif plus large, créer des moments collectifs dans lesquels chaque membre de l'équipe peut voir comment sa contribution s'inscrit dans quelque chose qui dépasse son périmètre individuel.
Dans nos formations en management, nous travaillons spécifiquement cette capacité à porter une vision claire et à la traduire en sens concret pour chaque collaborateur. Non pas en termes abstraits, mais dans les réunions du lundi matin, les briefs de projet et les entretiens individuels. C'est là que le sens se construit ou se perd, pas dans les séminaires annuels.
2. Rendre les priorités lisibles pour redonner une direction motivante
La motivation, rappelons-le, ne se décrète pas. Elle naît d'un par ou d'un pour : un objectif qui fait sens, un projet dans lequel on se reconnaît. Or quand les priorités sont floues, le collaborateur ne sait plus sur quoi concentrer son énergie. Ce brouillard motivationnel est l'une des premières causes de désengagement silencieux. Ce que nous travaillons avec les managers, c'est précisément la capacité à rendre les priorités lisibles pour chacun, individuellement, en lien avec ce qui l'engage.
Concrètement, cela passe par des rituels simples : un point hebdomadaire court centré non seulement sur les urgences mais sur le sens de ce qu'on fait cette semaine, des entretiens individuels qui relient la mission du collaborateur à l'objectif collectif, et une façon de communiquer les priorités qui donne envie de s'y engager plutôt que de subir une liste de tâches. La clarté des priorités n'est pas seulement un outil d'organisation : c'est un levier de motivation.
3. Protéger la motivation de l'équipe face aux injonctions contradictoires
Les injonctions contradictoires sont dévastatrices pour la motivation parce qu'elles rompent les deux équations fondamentales que nous avons identifiées : ce que je donne par rapport à ce que je reçois, et la cohérence entre ce qu'on me demande et ce qu'on me donne les moyens de faire. Un collaborateur à qui on demande d'être performant dans des conditions floues et contradictoires finit par ne plus savoir pour quoi il s'engage. Son par ou son pour se dissout dans la confusion.
Ce que nous travaillons avec les managers dans cette situation, c'est la capacité à protéger la motivation de leur équipe malgré la complexité : en nommant clairement ce qui dépend d'eux et ce qui ne dépend pas d'eux, en maintenant un cap motivant même quand le contexte est incertain, et en veillant à ce que l'engagement demandé soit toujours accompagné d'une reconnaissance proportionnelle. Un manager qui maintient cette équité dans la tempête crée les conditions d'une motivation durable, même dans la difficulté.
4. Créer des espaces de stabilité dans les organisations en mouvement
On ne peut pas arrêter le changement. On peut créer des îlots de stabilité qui permettent aux équipes de traverser les transformations sans perdre leurs repères. Ces îlots peuvent être des rituels d'équipe réguliers, des moments de débrief collectif après chaque transformation importante, ou simplement des conversations individuelles dans lesquelles le manager prend le temps de vérifier comment chaque collaborateur vit la situation.
Ce qui stabilise dans un contexte de changement permanent, ce n'est pas l'absence de changement. C'est la qualité de la relation managériale. Un collaborateur qui fait confiance à son manager traversera les transformations avec bien plus de résilience qu'un collaborateur dont le manager est lui-même submergé et peu disponible.
5. Remettre la reconnaissance au coeur des pratiques managériales
La réponse au sentiment d'injustice passe par deux leviers complémentaires que nous travaillons systématiquement avec les managers. Le premier est la transparence des critères : expliquer clairement pourquoi telle contribution est valorisée, selon quels critères, et ce qui permettrait à chacun d'obtenir davantage de reconnaissance à l'avenir. Le second est l'individualisation de la reconnaissance : ne jamais oublier quelqu'un dans les remerciements, nommer précisément ce que chaque collaborateur a apporté, et faire de cette reconnaissance un geste régulier et non exceptionnel.
Ces pratiques ne coûtent rien en termes de budget. Elles coûtent de l'attention, de la régularité et de la conscience de l'impact de chaque geste sur la motivation de l'équipe. Et leur retour sur investissement motivationnel est considérable.
FAQ : questions fréquentes sur le management et le bien-être au travail
Le bien-être au travail est-il vraiment de la responsabilité du manager ?
En grande partie, oui. Selon Gallup, 70 % de l'engagement des collaborateurs est directement lié au comportement de leur manager immédiat. Cela ne signifie pas que le manager est responsable du bonheur de ses collaborateurs, ce qui serait une charge déraisonnable. Cela signifie que ses comportements quotidiens, la façon dont il communique, reconnaît, soutient et donne du sens, conditionnent directement le niveau de bien-être perçu par son équipe.
Comment aborder le sujet du bien-être avec sa hiérarchie sans paraître revendicatif ?
En le formulant en termes de performance plutôt que de confort. La corrélation entre bien-être des collaborateurs et performance collective est aujourd'hui bien documentée. Un manager qui présente à sa hiérarchie des leviers d'action sur le bien-être en les reliant à des indicateurs de performance (rétention des talents, qualité du travail, absentéisme, taux d'erreur) parle le langage de l'organisation et rend la conversation possible.
Peut-on vraiment donner du sens dans un travail perçu comme répétitif ?
Oui, à condition de connecter le travail quotidien à son impact réel. Un collaborateur dont la mission semble répétitive peut trouver un sens profond dans ce travail si son manager lui montre régulièrement à quoi il contribue concrètement : quelles personnes cela aide, quel problème cela résout, comment cela s'inscrit dans quelque chose de plus grand. Ce n'est pas le contenu du travail qui détermine le sens, mais la façon dont on lui donne une signification dans un contexte plus large.
Comment un manager peut-il prendre soin de lui-même pour mieux prendre soin de son équipe ?
C'est l'une des questions les plus importantes et les plus négligées. Un manager épuisé, submergé ou lui-même déconnecté du sens ne peut pas créer les conditions de l'engagement de son équipe. Prendre soin de soi n'est pas un luxe : c'est une responsabilité managériale. Cela passe par des pratiques simples et régulières : protéger du temps de réflexion dans son agenda, maintenir des rituels de déconnexion, et ne pas hésiter à signaler sa propre surcharge à sa hiérarchie avec les mêmes mots qu'il utiliserait pour défendre celle d'un collaborateur.
Comment former les managers à ces compétences sans ajouter de charge supplémentaire ?
La question du temps est légitime. C'est pourquoi les formations les plus efficaces sur ces sujets ne durent pas trois jours. Elles s'ancrent dans le quotidien : des sessions courtes et régulières, des apports directement applicables le lendemain matin, et un accompagnement post-formation qui aide à ancrer les pratiques dans les situations réelles. Découvrez notre approche dans nos formations en management.
Conclusion : les organisations ne sont pas en crise. Elles sont en transition.
Ce que nous observons sur le terrain ne nous rend pas pessimistes. Cela nous rend lucides. Les organisations que nous accompagnons sont traversées par des tensions réelles : manque de sens, stress structurel, injonctions contradictoires, perte de repères, sentiment d'injustice. Mais elles sont aussi habitées par des managers qui veulent bien faire, des collaborateurs qui cherchent à s'engager, et des équipes capables d'une résilience remarquable quand les conditions sont réunies.
Ce qui fait la différence entre une organisation qui traverse bien cette période et une organisation qui s'y épuise, ce n'est ni la stratégie ni les outils. C'est la qualité du management au quotidien : la capacité à donner du sens, à reconnaître équitablement, à créer des espaces de stabilité et à maintenir une présence humaine réelle dans un monde de plus en plus accéléré.
C'est précisément ce que nous travaillons avec chacun de nos clients. Pour aller plus loin, découvrez nos formations en management : conçues pour ancrer des pratiques durables dans les réalités terrain de chaque organisation.
SOURCES
Lire :
La motivation au travail n'existe pas
Passer à l'action
Un entretien de 30 minutes permet de cadrer ce qui est pertinent pour vos équipes.
